Dans le bal paresseux du tourisme international, Dalạt semble faire tapisserie.
Et pourtant, enlève-lui les étiquettes qui lui collent à la peau. Prends-la gentiment par la main. Et là, surprise Dalạt t’offre un slow exquis, peau contre peau, pendant que les autres s’épuisent sur la danse des canards.
Parce que beaucoup de destinations ont voulu danser vite.
Très vite. Toujours plus vite.
Cadence infernale. Talon aiguille qui ripe. Soutif qui se décroche. Fond de teint qui dégouline. Couture de la robe commerciale qui commence à péter sous la pression.
À force de vouloir faire bander le touriste, elles ont fini par lui montrer leur cellulite.


Les aguicheuses quittent la piste en boitant.
Dalạt, elle, continue.
Seule.
D’abord un Foxtrot.
Celui de l’éclectisme colonial, des églises, lycée, couvent, des villas régionalistes et des architectes qui piochent sans complexe dans le répertoire européen. Un toit ici, une façade là, une silhouette savoyarde, normande ou basque. La colonie se rêve un petit bout de France sous les pins.
Une danse élégante, appliquée, parfois un rien compassée.






Puis vient le Charleston.
Et là, le corset saute.
Gare. Hôtels. Villas. Résidence princière.
L’Art déco bouscule le videur et entre dans la danse.
Géométrie, lignes tendues, volumes nets, angles francs. Ça swingue, ça découpe, ça commence à envoyer valser les vieilles dentelles coloniales.







Dalạt n’a plus envie de jouer les pensionnaires sages du Couvent des Oiseaux.
Elle envoie balader le catéchisme. La voilà sur la piste en Nina Hagen, regard noir, lame à la main, prête à saigner les clichés.
Parce que Dalạt n’est pas seulement cette romance coloniale en robe longue que le tourisme continue de lui faire enfiler.
Sous la brume, le béton des années 60 et 70 sort les griffes.
Le modernisme entre à son tour sur la piste. Les lignes se libèrent, les volumes se durcissent, les bâtiments changent de gueule.
Architecture qui se fout des bonnes manières. Pogo.




Les autres sont au bar.
Rincées.
La main sous le menton. Bock de bière tiède. Œil vitreux. Et la cuisse généreusement tripotée par les grosses paluches du tourisme de masse au regard carnassier.
Affamé. Prêt à bouffer de la viande fraîche à la chaîne.
Elles avaient pourtant commencé la soirée avec des airs pincés de princesses.
Elles finiront la nuit en formule buffet. Dévidées comme le cochon sur le trottoir à l’aube.




Moi, je reconduis Gabrielle Vassal.
Elle me contera ce qui n’était encore qu’un sentier dans la forêt.
Yersin. Doumer. Le train à vapeur. Les calèches. Les bonnes sœurs. Les bourgeois venus soigner leur foie colonial. Les affaires sulfureuses. Les maitresses planquées. Les banqueroutes au casino. La boustifaille. Les plantations mouroirs et leurs profits mirifiques. Les aventuriers. Les escrocs. Les profiteurs. Les baladins. Les officiers arrogants bien peignés.
Toute la faune.
Bien plus dangereuse que celle qui rôdait sur le Lang Biang.
Mélange poisseux de lucre, de sanatorium, de prêches et de kermesse coloniale.
Gabrielle a vomi cette lie.
Elle aussi avait cette double culture qui fait Dalat. Et comme la ville, elle s’est affranchie des mondanités, des convenances et du petit monde qui voudrait bien décider à votre place de la manière dont il faut vivre.
Puis, au bord du lac, Gaby m’offre une dernière danse.
Dalat s’endort sous les pins.
Et nous, on continue.



Mon dieu la tarte dans la gueule à ce milieu du tourisme aveugle qui n’a rien compris à son pays. Remarque tant mieux ! Je vis à HCM et Dalat c’est ma petite bulle. Tellement de choses à faire ! En VTT ou en rando, je me régale. Bonne bouffe, cafés relax, locaux tranquilles et une hôtellerie imbattable au niveau rapport qualité prix. Pas trop de pub quand même pour Dalat !!!!
Je sais pas si c’est de la cécité ou de la paresse, ou bien de la cécité de complaisance de ce tourisme pantouflard. Mais elle est au final salvatrice, car elle a ce talent de ghettoïsation qui libère des espaces.