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Dalat Palace Hotel : comment finir dans le décor

Poser ses valises au Dalat Palace, c’est acheter son billet de théâtre et signer sans hésiter pour une pièce d’époque.

Le Dalat Palace ne demande pas qu’on l’aime.

Il demande qu’on joue le jeu.

Celui d’une Indochine fantasmée où les moquettes sont épaisses, les boiseries fatiguées et les descentes de lit délicieusement surannées.

Chercher à le juger avec les critères du luxe contemporain serait une erreur de casting.

Le Dalat Palace n’est pas un hôtel.

C’est un décor.

À vous d’accepter le rôle.

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Les trois coups sonnent. Le rideau se lève.

Au Dalat Palace, chacun choisit son rôle.

Planteur de café, écrivaine en mal d’inspiration, diplomate en villégiature, bourgeois venu cacher sa maîtresse ou riche Saïgonnais fuyant la chaleur. Et pendant deux jours, tout le monde fait semblant d’y croire.

Vous acceptez les couloirs qui sentent la cire, les boiseries vernies, le groom en livrée, les photos sépia, la baignoire sabot, les velours lourds, les jupons de table, les bouquets de fleurs un peu trop exubérants.

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Vous acceptez même, avec un sourire, la massive horloge en bois qui semble tout droit sortie de chez mamie Denise.

Pris au premier degré, tout cela pourrait paraître désuet.

Pris comme une expérience, cela devient charmant.

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C’est du théâtre.

Et comme au théâtre, le décor fonctionne parce que vous acceptez d’y croire.

C’est d’ailleurs ce qui distingue un grand hôtel patrimonial d’un hôtel simplement ancien. Dans le premier, vous n’achetez pas une chambre. Vous achetez une histoire dont vous devenez l’un des personnages.

Ce n’est ni un musée, ni un hôtel figé dans la naphtaline. C’est un lieu qui assume son décalage.

Et c’est peut-être cette honnêteté qui le rend si attachant.

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Quand le décor s’incarne

La terrasse est probablement le vrai luxe du Dalat Palace.

Pas la chambre. Pas les moulures. Pas les miroirs.

Cette vue sur le lac Xuan Huong donne une envie furieuse de s’installer avec un gin tonic pour rejouer l’heure de l’apéritif d’une époque révolue.

S’asseoir à cette table en fin journée, quand le vent frais se met à dégringoler des collines et que la brume commence à crapoter doucement sur le lac, c’est atteindre le point culminant de la mise en scène.

C’est peut-être le moment où le jeu de rôle devient le plus savoureux, parce qu’il s’accompagne d’une vraie sensation de privilège contemplatif, presque mélancolique.

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Je ferme les yeux, et le décor s’incarne.

Mais pas comme on pourrait s’y attendre.

Remontant l’allée, je n’imagine ni courtisane de salon ni petit bourgeois replet, ce petit trafiquant de piastres venu se cacher des compradors chinois.

Je vois les lignes d’un costume d’un guerrier Ma.

Les bandes, les angles, les répétitions géométriques, les éclats de couleur.

Une autre architecture, portée cette fois par un corps humain.

Une géométrie qui ne cherche pas à domestiquer l’espace mais à rendre visible un autre ordre du monde.

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Et soudain, la façade Art Déco du Dalat Palace et les montagnards semblent partager une formidable capacité à réduire le monde à des signes géométriques.

Deux modernités géométriques qui se regardent sans forcément se connaître.

L’une regarde le futur.

L’autre le tréfonds du monde des esprits.

Soudain, le Dalat Palace n’est plus seulement un bel hôtel colonial.

Il devient une machine à regarder les formes.

Je reprends un second gin tonic, histoire de mettre deux systèmes de pensée visuelle à égalité, sans demander la permission à l’Histoire.

Et j’en reprends un troisième, sans demander celle de ma femme.

Le troisième verre dans le dos de la patronne, c’est le vrai luxe.

2 réflexions sur “Dalat Palace Hotel : comment finir dans le décor”

  1. L’atmosphère avant la fiche technique. C’est très rare.

    Cette capacité à parler d’un hotel sans jamais faire étalage de ces commodités est d’une fulgurance folle !

  2. Faire l’inventaire des commodités d’un hôtel, d’autres le font mieux que moi.

    Parler de la douceur des peignoirs du spa, je n’y arrive pas. C’est au dessus de mes forces.

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