L’histoire de la région est pétrie de rébellions.
C’est ici, sur les terres de Binh Dinh, qu’est née la révolution des trois frères Tây Son au XVIIIème siècle, renversant les seigneuries pour réunifier le pays. C’est une terre de combattants, de maîtres d’arts martiaux, de poètes insoumis et de résistance minérale.
La ville mène aujourd’hui une autre révolte, beaucoup plus silencieuse.
La plus discrète est peut-être la plus belle.
Une révolte de béton contre le béton.
Depuis soixante ans, le modernisme tropical y résiste, encerclé par un urbanisme qui construit davantage qu’il ne compose.
Ici, les derniers insurgés ne portent pas d’armes.
Ils portent des façades.

La résistance du béton ajouré face au « resortisme »
L’urbanisme littoral contemporain est un rouleau compresseur d’anonymat : grandes tours de verre miroir, façades néo-classiques kitsch collées à la hâte, stuc blanc bon marché et resorts géants pensés depuis des bureaux d’études à Hanoï ou Saïgon.
Face à cette lame de fond commerciale, les maisons-tubes et les modestes édifices des années 60-70 de Quy Nhon opposent un maquis esthétique.



Quitter l’étreinte de la plage pour aller vous perdre dans le centre-ville, véritable laboratoire à ciel ouvert du modernisme tropical.
Derrière des façades parfois fatiguées se cache une architecture inventive, profondément vietnamienne, qui raconte une époque où l’on construisait d’abord pour habiter avant de construire pour vendre.

La résistance du bon sens bioclimatique
Là où les tours modernes imposent la climatisation à outrance derrière des baies vitrées étouffantes, le modernisme tropical résiste par sa fonction.
Ses claustras en béton moulé, ses cours intérieures et ses balcons en casquette continuent de laisser passer la brise marine tout en domptant la lumière crue.
C’est une architecture poétique mais pragmatique, sculptée par et pour le climat du Centre-Sud.


C’est une architecture qui n’a pas besoin de mentir : du granito usé jusqu’à la corde, du béton armé patiné par les tempêtes, des lignes géométriques dessinées par des mecs qui avaient compris le climat avant qu’on n’en fasse un argument marketing.


Une poétique de l’obstination
Cette architecture ne crie pas.
Elle ne fait pas de grands discours de conservation du patrimoine, contrairement aux maisons de marchands ultra-protégées et marchandisées de Hoi An.
Elle existe au quotidien, habitée par des familles, des mécanos, des petits cafés ou des tailleurs.
C’est une résistance passive, intégrée à la vie ordinaire.
Face aux façades modernes qui vieillissent mal au bout de trois ans, le modernisme tropical de la ville vieillit avec la noblesse des vieux navires.




Si le front de mer se pavane aujourd’hui en tenue légère de plage, l’arrière-ville retrouve sa gueule de vieux pirate avec ses enseignes fanées. Là survit le dernier bastion du bon sens bioclimatique, celui où l’on construisait avec le soleil, le vent et la pluie plutôt que contre eux.
Et tant que ses façades en béton brut tiendront tête à la laideur marchande, la province de Binh Dinh restera une terre d’insoumis.








Ce qui vous rend reconnaissable et intéressant c’est qu’on ouvre un article sans savoir si on va lire un texte sur un hôtel, une façade en béton, une rue ou une plage, mais on sait qu’on va ressortir avec un regard différent sur le lieu.
A l’image de ce béton, quand le texte a cette densité-là, il ne vieillit pas en trois mois comme une liste de « 10 spots incontournables », il reste. Bon vent !
Je donne une clé pour réenchanter le banal.
Vous l’avez saisi.
La plupart la jette dans le caniveau.
Le banal ça plait. Parce que ça rassure.
Je prévois un voyage dans cette région au mois de mars 2027. Quy Nhon ou Tuy Hoa comme base pour explorer la côte ?
Merci
Salut Amandine
Tuy hoa ! Quy Nhon commence tout doucement à se bétonniser. Tuy hoa respire. Vraiment une ville à taille humaine sympa d’où explorer la côte.
Un homestay sympa où séjourner :
https://thefabworld5.wixsite.com/homestay
Un grand merci !
Il a l’air bien sympa ce petit homestay 😉.
Bonne continuation et au plaisir de vous lire 😀