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Tuy Hoa – Quy Nhon : la côte qui mord. Encore un peu

Entre Tuy Hoa et Quy Nhon, le littoral ne déroule jamais un long ruban de sable. 

Il attaque. 

Il avance par caps, recule en criques, replonge derrière une montagne avant de réapparaître quelques kilomètres plus loin. Une côte qui ne se laisse jamais avaler d’un seul regard.

Mais c’est peut-être maintenant ou jamais.

Ce tronçon est fascinant et tragique à la fois. Il est dans cette zone grise, ce sursis temporel où la nature sauvage résiste encore aux assauts des pelleteuses. 

Les dents de la côte sont encore là, mais les mâchoires du développement touristique et industriel se resserrent.

Écrire sur ce coin aujourd’hui, c’est capter la beauté de la roche avant qu’elle ne soit dynamitée pour faire passer une énième double-voie menant à un lobby de marbre blanc.

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L’école buissonnière du Centre du Vietnam

La cloche sonne en trois syllabes, Tuy Hoa, qui commencent à claquer comme le secret le mieux gardé du littoral Centre-Vietnam. Longtemps verrouillée par son statut de base militaire, la ville a gardé de cette époque une raideur bétonnée qui a, par ricochet, figé son développement touristique. 

Tant mieux. 

Loin des barnums de Nha Trang ou de Danang, c’est le point de chute idéal pour qui cherche la vérité du terrain, le pas de côté qui fait trébucher sur quelque chose de moins apprêté.

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C’est depuis cette base brute qu’il faut aller rôder sur la côte.

Au Sud d’ailleurs, le paysage change brusquement de registre.

La montagne plonge ses épaules de granit dans la mer et distribue les cartes avec une insolence de joueur de poker : une plage sauvage ici, le cap Dai Lanh et son phare construit par les Français à la fin du XIXᵉ siècle là, puis une succession de falaises, d’éperons et de chaos rocheux qui ne laissent jamais le littoral tranquille.

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Tuy Hoa est aussi le point d’ancrage parfait pour filer vers le Nord de la province. Pas pour s’enfermer dans un complexe hôtelier, mais pour aller voir cette côte qui frôle le conseil de discipline. 

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Cette gamine hyperactive n’écoute rien. Elle n’en fait qu’à sa tête.

Derrière elle, les rizières sont bien sages. Elles ont appris leur leçon : deux récoltes par an, bien alignées, comme de bons petits soldats.

Elle, elle sort du rang.

Elle fait des croche-pieds à la géographie. Elle étire les lagunes comme on tire la tignasse de sa camarade, vole un morceau de continent pour en faire une péninsule, gribouille des hexagones de pierre au feutre noir, jette des cailloux dans la mer pour fabriquer des îles. 

Elle plisse le rivage, casse les lignes et refuse obstinément de dérouler un littoral bien sage.

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Impossible de la faire rentrer dans le rang.

La pension ? 

J’ai mieux. 

Je vais lui apprendre les bonnes manières au village de lépreux de Quy Hòa.

La fessée poétique

Fondé par des missionnaires français dans les années 1920, c’est aujourd’hui une enclave d’une poésie et d’une tranquillité totales, avec ses petites maisons coloniales, ses bustes de scientifiques mondiaux et ses bougainvilliers au bord d’une plage qui compte seulement les marées.

Ici, elle finit par baisser la voix.

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Le temps s’étire. Le râteau dessine le sable. Le sécateur rythme la journée. Les vagues ne claquent pas. Elles froissent la grève comme de la soie.

Ici, on ne soigne pas seulement les corps. On ralentit aussi les paysages.

L’ironie est là : ce qui devait être un lieu d’exclusion est devenu un refuge que les bulldozers ne sont pas encore venus véroler.

Pas tout de suite.

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On n’enferme pas cette fille-là

En poussant un peu plus au Nord de Quy Nhon, je croyais encore faire les 400 coups avec mon agitée. A Eo Gio, elle amuse une derrière fois la galerie.

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Puis la côte finit par s’assagir.

Sur un long corridor dunaire, on l’envoie à l’usine. Les lagunes doivent produire des crevettes. Les collines sortir des troncs en cinq ans.

Je suis au bord du renoncement.

Puis, passé un cap, la voilà qui envoie chier le contremaître. Et m’attend à un virage avec un nerf de bœuf.

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Elle remet du désordre dans le paysage.

Enchaîne les refus d’obtempérer. Balance de longues traînées de sable blond, des croûtes rocheuses grosses comme des coups de poing, des villages qui s’ébrouent entre les cocotiers et des ports qui sentent encore le gasoil plutôt que le tableau Excel des Stakhanov de la crevette.

Soulagement.

La sale gosse n’avait pas dit son dernier mot.

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Au Vietnam, la nature n’a pas le droit d’être inutile

En parcourant cette région, je pense, et cet avis n’engage que moi, que le littoral vietnamien commence à se réduire à peau de chagrin pour le voyageur conscient.

Je ne parle ni de luxe, ni d’hôtels cinq étoiles.

Je parle d’équilibre.

De cette alchimie fragile entre la mer, le paysage, les villages, les ports de pêche, l’architecture, la cuisine et la manière d’habiter un rivage.

Sur une grande partie du littoral, cet équilibre me semble rompu.

J’ai souvent l’impression d’une juxtaposition plutôt que d’une composition.

Comment un pays avec un littoral aussi riche a-t-il si rarement transformé ses ports, ses baies et ses fronts de mer en lieux où l’on a envie de passer du temps, au-delà de la simple baignade ou du resort ?

Peut-être qu’à force de considérer chaque baie, chaque plage ou chaque lagune comme une opportunité économique, le risque est de produire des kilomètres de côtes qui rapportent davantage… tout en racontant de moins en moins d’histoires non ?

La mer doit nourrir. 

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Tout le reste finit parfois par apparaître comme un manque à gagner.

Le potentiel est toujours là. 

Les caps, les criques et les lagunes n’ont pas disparu. 

La vraie question est de savoir combien de temps ils resteront des paysages.

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