praya palazzo bangkok (10)

Praya Palazzo Bangkok : le luxe devient une manière de toucher l’Histoire

Au-delà d’être un boutique-hôtel, le Praya Palazzo raconte un Siam qui avait compris très tôt que l’architecture pouvait devenir une arme diplomatique.

Emprunter les codes de l’Europe sans lui céder son identité.

Recevoir le monde sans se laisser absorber par lui.

La demeure devient alors une déclaration politique en pierre.

Et c’est là qu’elle te donne envie de t’y laisser enfermer.

Pas pour dormir.

Pour comprendre.

Regarder. Lire. Assembler.


Passer la main sur le bois, le velours, les moulures.
Chercher dans les détails les morceaux épars d’un Siam qui s’est construit en regardant l’Europe dans les yeux.

Parce qu’ici, l’Histoire n’est pas derrière une vitrine.

Elle est encore sous les doigts.

praya palazzo bangkok (14)

Bangkok a regardé l’Europe

Elle ne l’a jamais subie.

Au tournant du XXème siècle, sous Rama V, Bangkok se met à l’heure européenne.

Et pas timidement.

Les Italiens débarquent avec leurs palais, leurs ponts, leurs gares, leurs bâtiments publics. Turin, Milan, Rome viennent planter leurs façades au bord de la Chao Phraya.

Mais le Siam ne se convertit pas à l’Occident.

Il s’en sert.

praya palazzo bangkok (4)

Rama V a compris avant beaucoup d’autres que l’architecture pouvait faire de la politique.

Construire européen, c’est alors dire aux puissances coloniales : nous savons ce que vous savez faire. Nous pouvons le faire nous-mêmes.

Le Praya Palazzo naît dans ce Bangkok-là.

Construit en 1923 sous le nom de Baan Bang Yee Khan, sur la rive ouest de la Chao Phraya, il ne joue pas au palais italien. Il en parle la langue.

Façade palladienne, voûtes, symétrie, proportions : tout y respire l’Europe savante.

Mais l’édifice n’est pas une concession.

C’est une démonstration.

praya palazzo bangkok (11)
Praya Chollabhumipanish, haut fonctionnaire et premier propriétaire du Praya Palazzo

À quelques encablures des légations étrangères, Bangkok maîtrise les codes de ceux qui viennent lui expliquer le monde.

En face, sur l’autre rive, Bang Khun Phrom surenchérit dans le même registre baroque.

Deux monstres d’orgueil italien plantés dans le limon tropical, qui se regardent vieillir depuis un siècle.

L’un est devenu refuge, l’autre Banque de Thaïlande.

praya palazzo bangkok (13)
En face, sur l’autre rive, Bang Khun Phrom surenchérit dans le même registre baroque.

Les pierres ont survécu aux rois, aux diplomates et aux monnaies.

De quoi vouloir sauter dans un Riva, de fendre l’eau couleur ristretto du fleuve d’une rive à l’autre, un verre de Fiano à la main et au son de Nessun Dorma.

Puisque Bangkok a fait venir l’Italie jusqu’ici, autant lui prendre son vin, ses bateaux et sa bande son.

Mais dès qu’on pose le pied sur l’embarcadère du Praya Palazzo, le cinéma s’arrête.

Le moteur du bateau s’éloigne, le clapotis du fleuve passe au second plan, et le piège se referme.

Là où le temps se touche

Au Praya Palazzo, on devient captif parce que le lieu ne cherche pas à distraire.

Il retient.

La sensation d’enfermement volontaire est immédiate.

Le teck foncé, la fraîcheur du parquet ancien sous le pied, les boiseries travaillées imposent immédiatement un rythme lent. Les fauteuils capitonnés, les rideaux lourds, les vieux encadrements, les petites irrégularités, l’ombre et les volumes traversants installent un calme presque contemplatif.

Rien ne semble avoir été acheté hier pour produire artificiellement une ambiance d’hier.

Et surtout, ça se touche.

praya palazzo bangkok (1)
praya palazzo bangkok (5)
praya palazzo bangkok (8)

Le velours du fauteuil. Le bois du parquet. Le tissu épais des rideaux. Les matières patinées. La lumière chaude sur les surfaces.

On a envie de s’asseoir, de passer la main sur un accoudoir, de rester cinq minutes de plus.

C’est une architecture qui sollicite le corps, pas seulement l’appareil photo.

C’est là que le Praya Palazzo devient intéressant.

Le vieux n’y est pas une citation esthétique.


Il est encore une matière.

Et ça change tout.

praya palazzo bangkok (3)

Il y a même quelque chose de délicieusement pervers dans cette chambre : elle ne te donne pas envie de profiter du luxe.

Avec ses interrupteurs à levier en laiton cannelé, posés sur leur rosette en bois mouluré, le simple geste d’allumer ou d’éteindre devient lui-même une expérience sensorielle.

praya palazzo bangkok (6)

Puis la salle à manger prolonge si naturellement cette expérience que dîner sur place cesse d’être une facilité.

On ne vient plus dîner au restaurant.


On vient dîner chez un vieil oncle.

Ce n’est pas le macaron Michelin qui m’a décidé. Mais la densité de la salle.

Bois sombre, parquet usé, rouge profond, miroirs, ferronnerie, lumière basse, cannage, chandelier presque théâtral.

Tout est tactile, patiné, légèrement excessif.

Il ne manque presque que quelques airs de Rigoletto. Mais la musique d’ambiance, elle, a choisi l’ascenseur.

Dommage.

La salle méritait Verdi.

praya palazzo bangkok (9)

Le jardin s’en mêle

Et même la nature semble avoir décidé de te retenir.

La bâtisse ne domine pas le jardin.


Elle est prise dedans.

Figuiers, bananiers, flamboyants d’Inde, frangipaniers, la végétation a eu tout le temps de pousser, de grimper, de déborder.

Les grands arbres étirent leurs branches jusqu’à brouiller les lignes de la demeure et presque effacer le fleuve.

Ils font écran au monde.

Ils cassent la lumière, épaississent l’ombre, ralentissent le regard.

Puis le jour tombe.

praya palazzo bangkok (1)
praya palazzo bangkok (7)

Le soleil s’attarde encore dans les feuillages tandis que les oiseaux s’excitent dans les branches.

Le jardin se met à jouer sa propre musique.

La maison t’enferme.

Les arbres achèvent le travail.

Et Bangkok, derrière, peut bien continuer à clignoter.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *