Voilà un établissement qui ne cherche pas à conquérir le paysage, ni à s’installer en majesté sur une hauteur pour beugler au monde entier « regardez-moi ».
Il se tient en retrait, presque à couvert, dans une végétation qui semble avoir repris ses droits.
Ce n’est pas le paysage qui sert de toile de fond au lodge.
C’est le lodge qui accepte de se faire oublier dans le paysage.
Et c’est assez rare dans l’hôtellerie de montagne vietnamienne, où la tentation du belvédère, de la terrasse panoramique et du photoboot est souvent irrésistible.
Sinon obligatoire.
Panhou a compris ce que beaucoup ignorent totalement.
Le vrai luxe, c’est l’effacement.
Pas l’exhibition.

Panhou : un nom qui a du chien
C’est le choix du propriétaire originel, Michel Galey.
Féru d’anthropologie et toujours accompagné de ses chiens, il n’est pas allé chercher bien loin.
Panhou (ou Pán Hù / Phàn Hộ), c’est le chien ancêtre primordial, le génie tutélaire à pelage bariolé de la mythologie Dao.

Le mythe fondateur, c’est l’empereur Ping Wang qui, aux abois face à son ennemi le roi Gao Xin, promet la main de sa princesse et un territoire souverain à quiconque lui ramènera la tête de l’ennemi.
Pan hou relève le défi.
Le chien royal aux cinq couleurs exécute le contrat et revient avec le trophée.
Le pacte doit être honoré.
La princesse l’épouse.
De cette union naîtront les douze clans originels des Dao, qui refuseront à jamais de porter l’impôt ou de se soumettre aux lois des plaines, vivant en hommes libres sur les crêtes et dans les vallées profondes.
Quand un hôtel s’appelle Panhou, il ne vend pas seulement des bungalows coiffés de chaume et des bains aux herbes.
Il revendique une généalogie.
La stratégie du retranchement
Comme les villages Hmong, Tay ou Dao des alentours, Panhou pratique l’art du camouflage.
Plus par respect que par pudeur.
Dans ces montagnes, on ne s’affiche pas.
On compose.

Le jardin épouse cette philosophie.
Rien à voir avec ces jardins d’hôtel ratissés au millimètre, où chaque brin d’herbe est au garde à vous.
Ici, c’est une jungle domestiquée, un fouillis luxuriant de fougères, de plantes médicinales, de bassins et de grands arbres qui semblent avoir poussé là bien avant l’hôtel, jusqu’à grimper sur les contreforts.
Le jardin ne se pavane pas.
Il respire, sue, vit.



Disparaître dans les plis de la montagne
La piscine, bijou réglementaire de l’hôtellerie contemporaine, fait ici presque figure d’accessoire.
On ne vient pas se badigeonner la peau de crème solaire au milieu des brumes de Hoàng Su Phì.
Sacrilège !
On vient s’y dissoudre.


La randonnée reste le cœur du séjour.
Un camp de base pour partir crapahuter dans les vallées, gagner les crêtes, emprunter les sentiers pierreux et se frotter au relief.
La montagne ne se contemple pas depuis un transat.
Elle se parcourt. Pas après pas, à la sueur du front.



Et les bains aux herbes prennent alors tout leur sens.
Pas une prestation de spa ajoutée au catalogue.
La récompense du marcheur.
Le soulagement des jambes après l’effort.
Un bain qui prolonge aussi les rencontres du chemin. Celles des Dao partis chercher les mêmes plantes, les mêmes herbes médicinales dont ils connaissent chaque vertu.
Le bain aux herbes, c’est alors le vieux camarade de comptoir qui vous attend au retour.
Celui à qui l’on raconte sa journée, les jambes encore lourdes et la tête qui bourdonne de montagne.



Hum, vous êtes sous Xanax ? Pas de coup de griffe, pas de chaîne de vélo à la sortie du bal?
Ça sent la lettre d’amour parfumée à son ancien patron. Joli, mais moins mordant que Phan Dinh Phung ou Dalat Palace.
« Le vrai luxe, c’est l’effacement », c’est un poncif facile du « quiet luxury ».
Faut vous ressaisir cher ami !!!!