Aller à Sadec, c’est comme aller claquer la bise à une vieille dame qui a roulé sa bosse. Elle en a vu passer, la mamie : les coloniaux en uniforme blanc à la moustache bien peignée, les négociants chinois, les sœurs en cornette, les barges ventrues du Mékong, les caodaïstes cérémonieux… et même la petite Duras qui traînait ses rêves dans la moiteur des quais. Elle ne fait pas la maligne. Elle raconte juste, avec ses rides et ses façades patinées.
Ici, rien ne s’exhibe. Tout subsiste.





Tu t’assois avec elle au bord de la rivière et vous feuilletez l’album des souvenirs jusqu’à ce que le soleil tombe derrière la halle 1900.
« Reste pour la nuit », te supplie-t-elle. « Tout le monde me rend visite en coup de vent. À croire que je ne suis que la fille de. ».
Ça ne se refuse pas. Alors le soir, elle déplie la vaisselle sur les quais, avec comme voisins de table les bateliers imperturbables.






Et à l’aube, la mamie déroule le petit déjeuner en un chapelet de marchés indisciplinés derrière lesquels de vieilles maisons coloniales font la sieste. Comme pour te prouver qu’elle n’est pas seulement un souvenir.
Can Tho joue. Sadec travaille.
Can Tho met en scène le delta. Sadec le continue.









