Hué, sous le soleil, c’est une carte postale trop propre. La cité impériale brille trop, les tombeaux font les fiers, et tout devient décor.
Mais quand le ciel se ferme, nuages bas, pluie fine, lumière sale, là, ça respire enfin. La pierre boit. Les murs pleurent. Hué jette son ao dai à fleurs pour enfiler le bleu de chauffe. La ville prend la couleur du métal qu’on fracasse dans les ateliers poisseux de cambouis.



Les couleurs se délavent comme une vieille photo oubliée au fond d’une armoire. La bête de béton et son décor sont la même entité gangrénée. Ses yeux sont noirs, vides, comme des orbites d’outre-tombe. Les tombeaux de Khai Dinh et de Tu Duc bavent. Le rimmel coule. Et c’est là que ça devient séduisant.
L’armée des ombres, le bal masqué des anonymes en scooter passent et repassent au-dessus d’une rivière qui traine des pieds. C’est une ville faite pour la mélancolie, pas pour les selfies. Quand il fait gris, Hué arrête de poser. Elle se raconte.
Et là, oui, elle est belle.




