Pendant des siècles, Hanoï naviguait.
Tout en enfourchant le vélo.
Puis, les Français lui vendirent la bagnole et garèrent une Traction Avant devant leurs villas. Yersin le premier, d’ailleurs.
Après la guerre, la France leur rendit les clés. Finies les chromes et les courbes.
Hanoï prit alors le volant d’une Lada.
Une caisse carrée, increvable, sans une once de coquetterie. Exactement comme son architecture.
Comme elle, le béton n’avait plus besoin de faire joli, il devait faire le boulot.




Quand le modernisme tropical et le brutalisme s’installent à Hanoï, les architectes formés en Europe de l’Est apportent avec eux l’influence du bloc soviétique.
Le message est clair : on ne triche plus.
On passe de la Traction Avant Citroën à papa avec ses courbes bourgeoises, son élégance d’importation et son vernis colonial, directement à la Lada.
Taillée à l’équerre, sans froufrou, increvable, pensée pour le collectif et les routes défoncées de la reconstruction.
Encore aujourd’hui, elle a plus d’allure que les SUV et les Rolls planquées chez les nouveaux riches. Des lignes tirées au cordeau, de grands volumes aérés, une efficacité sculpturale qui n’a rien à envier à Pininfarina.



Comme devant l’Université de Technologie de Hanoï, le Palais des Enfants ou le siège historique de VNPT, les badauds passent sans lever les yeux. Au Palais de l’Amitié Vietnam-Union soviétique, ils remarquent à peine son immense claustra central, un chef-d’œuvre de ventilation passive qui ferait rougir plus d’un ministre français de l’Écologie.
De toute façon, le modernisme et le brutalisme n’ont jamais voulu être beaux.
C’est précisément pour ça qu’ils le sont devenus.
Si tu n’as pas vu Hanoï en Doc Marten’s, ce que tu étais en chaussons.
Du coup, fallait rester chez toi.





