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My Tho : la ville que les touristes traversent sans la regarder

My Tho c’est la fille de bourges qui est partie faire une école de commerce à l’étranger.

MBA en poche, polyglotte, elle est revenue avec un business plan redoutable.

Pas bête la gamine.

Elle a compris que le touriste est pressé, grégaire et obsédé par les cases à cocher.

Alors, elle sourit à tout le monde, distribue les chapeaux coniques, des bonbons à la noix de coco et expédie les moutons faire un tour en barque sur ses arroyos encombrés.

Elle connaît parfaitement son rôle la fine mouche.

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Celle qui joue la fille du delta

Le spectacle ne dure que quelques heures.

Suffisamment pour que tout le monde reparte avec ses photos, son petit souvenir, les dents qui collent et la satisfaction d’avoir « fait » le Mékong.

Mais ce spectacle vite torché est son paravent.

Elle vend du folklore en devanture pour qu’on lui foute une paix royale avec le reste.

À quinze heures, le troupeau a foutu le camp.

Les barques sont rentrées.

Les chapeaux coniques sont rangés.

Les touristes sont déjà dans leur autocar, en route vers une autre case à cocher.

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Je retrouve My Tho, au bord du canal Bao Dịnh, en train de compter la recette du jour tout en sirotant une 333. Elle a viré son ao daï, s’est démaquillé, a enfilé un short en jean, un T shirt et une casquette de camionneur.

La blédarde fume en regardant les pilotis des anciens négociants, les façades fatiguées, les entrepôts qui ont connu d’autres heures mais qui continuent de bosser.

Elle me sourit.

Elle sait très bien ce qu’elle fait.

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Parce que la ville qu’elle vient de cacher aux touristes est précisément celle qui mériterait qu’on ralentisse.

Son tissu urbain.

Ses vieilles enseignes.

Son modernisme tropical des années 60-70.

Ses cinémas qui pleurent.

Ses façades qui se décomposent sous les pluies de mousson.

Ses poteaux électriques en treillis métallique rouillé, pur vestige d’infrastructures coloniales.

Son rapport au fleuve.

Tout ce qui ne tient pas dans une balade en barque, un chapeau conique et trois bonbons à la noix de coco.

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Le rendez-vous manqué

En sautant directement de l’autocar à la barque, le bétail touristique rate complètement la matérialité de My Tho. Sa couture urbaine.

A-t-il seulement conscience de la ville qu’il traverse ?

Sait-il que My Tho fut le terminus de la première ligne de chemin de fer de l’Indochine française ?

Que, dès la fin du XIXe siècle, des trains reliaient Saïgon à cette ville du delta, faisant de My Tho l’un des premiers laboratoires de la modernité ferroviaire de la colonie ?

Poser 70 kilomètres de rails à travers la boue, les marécages et les rachi du delta a été un enfer d’ingénierie.

Probablement pas.

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Il faut dire que le programme est bien huilé.

Autocar.

Quai.

Barque.

Canal.

Cocotiers.

Bonbons.

Photo.

Retour à l’autocar.

My Tho n’est plus une ville. C’est devenu une correspondance.

Et pendant que le bétail touristique s’agglutine sur les canaux pour contempler deux rangées de cocotiers d’eau, la ville reste là, sous son nez.

Toute une matérialité urbaine que personne ne prend le temps de regarder.

Le delta est sous leurs yeux.

Ils sont simplement venus chercher ailleurs ce qu’ils traversent déjà.

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