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Dien Bien Phu : sommet du surréalisme militaire

En 1954, l’armée française n’a déjà plus les moyens de sa politique. Elle ne tient que par les milliards de dollars injectés par les Américains qui financent alors près de 80 % de l’effort de guerre. 

Et la machine est en train de s’enrayer.

L’humiliation de Cao Bang aurait dû servir de leçon définitive. 

Le maréchal de Lattre de Tassigny est envoyé pour sauver les meubles. Il ne fait qu’illusion. Et c’est là que le piège de Na San se referme sur les esprits français : en résistant dans ce poste fortifié fin 1952, le commandement se persuade qu’il a trouvé la formule magique. 

C’est l’erreur intellectuelle majeure de cette racaille aristocratique qui mène directement à Dien Bien Phu.

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Piroth, symbole du beau geste français

« Aucun canon viêt ne tirera plus de trois coups sans être repéré et détruit par mes pièces », fanfaronait Piroth, le commandant de l’artillerie à Dien Bien Phu, avec ce mépris qui n’a jamais laché ses coqs français.

Le réveil est d’une violence absolue. 

1.5

Dès le 13 mars, au premier jour de l’assaut sur le point d’appui Beatrice, l’artillerie de Giáp, enterrée dans des casemates blindées invisibles depuis le ciel, pulvérise les positions françaises. Les contre-batteries françaises sont totalement impuissantes. 

Piroth comprend instantanément que sa superbe a condamné ses hommes. 

Dans la nuit du 14 au 15 mars, au deuxième jour, il se suicide dans son abri en dégoupillant une grenade contre sa poitrine.

Chevalresque.

Champagne !!!

À la mi-avril 1954, alors que le camp retranché est déjà à genoux, pilonné par l’artillerie de l’armée populaire vietnamienne et que l’issue fatale ne fait presque plus de doute, dans les salons feutrés de Hanoï, entre deux bouteilles de Pommard, on décide de nommer de Castries général pour remonter le moral des troupes. 

Puisqu’il est impossible de se poser, l’armée française parachute une malle spéciale destinée au nouveau général. 

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À l’intérieur : ses nouvelles étoiles, plusieurs caisses de champagne pour fêter l’événement, du foie gras, des cigarettes et une lettre parfumée de son épouse qui le félicite de sa victoire certaine.

À ce moment-là de la bataille, le périmètre français s’est tellement réduit que la zone de largage est devenue minuscule. La malle rate complètement sa cible et atterrit directement… dans les lignes du Viet Minh. 

Ce sont donc les soldats vietnamiens qui ont récupéré les étoiles, intercepté la lettre et bu le champagne français pour célébrer leurs propres succès tactiques. 

L’histoire raconte même qu’ils ont utilisé les blocs de glace, largués pour rafraîchir le champagne, pour se laver et se rafraîchir sous la chaleur étouffante de la cuvette. 

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Pendant ce temps, dans les tranchées boueuses de Dien Bien Phu, les soldats manquaient de munitions, de plasma sanguin et de rations de base.

Une partie de cet état-major relevait du gangstérisme de salon : des voyous en gants blancs, aux uniformes impeccables, qui, ivres, jouaient la vie de milliers d’hommes comme on flambe un héritage au casino.

Christian de Castries était un joueur de poker et de baccara compulsif, habitué des cercles de jeu. Il gérait ses points d’appui comme des tapis de mise. 

Quand la situation a commencé à tourner au vinaigre, la rumeur courait dans Hanoï qu’il jouait la cuvette comme sa dernière chemise.

Tapis.

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