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Tu me croyais finie ? S’exclamme Savannakhet !

Savannakhet, c’est le réveil de la Belle au Bois Dormant. L’oubliée, l’insoumise, la sublime délaissée. C’est précisément là qu’est son génie : Savannakhet n’est pas dans la vitrine, c’est l’arrière-boutique feutrée, là où l’on garde les vrais trésors sous une fine couche de poussière pour ne pas trop les ébruiter.

C’est une ville qui se mérite par le regard : si vous n’êtes pas attentif, vous passez à côté de tout. Si vous l’êtes, chaque coin de rue est une pépite. Sa campagne, quant à elle, se livre par petites touches impressionnistes. Par silences. Par brûlures.

Les vibrations arty

On croyait trouver une ville en veilleuse, on tombe sur un laboratoire à ciel ouvert. Le réveil du Lao Chaleun Cinema est l’étendard de cette renaissance. Ce vieux cinéma Art Déco des années 30, longtemps resté une coquille vide et brutale, est devenu un tiers-lieu créatif. On y trouve désormais des cafés stylés, des glaciers artisanaux et des espaces d’exposition. Le soir, la place derrière le cinéma s’anime avec un marché de nuit où la jeunesse locale se réroprie l’espace. C’est le point de ralliement de la mouvance arty. Ce n’est pas Berlin, ce n’est pas Bangkok. C’est mieux : c’est local, fragile, obstiné.

Contrairement à d’autres villes où le street art est plaqué pour les touristes, celui de Savannakhet est contextuel. C’est une conversation avec la ruine. Des artistes locaux ont investi les façades, composant avec les volets de bois fêlés, les fenêtres aveugles et les veines des murs décrépis. Scènes de vie, silhouettes de théâtre d’ombres ou hommages aux vieux artisans : c’est un jeu de piste, souvent poétique, qui réveille le quartier historique. Savannakhet a ce chic rare : elle sait fendre le béton d’un coup de pinceau et transformer ses cicatrices en rythme.

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Une ville qui vit avec ses restes

Savannakhet a conservé un charme colonial très particulier, bien moins poli que celui de Luang Prabang. Elle n’a pas été massivement rénovée, ce qui lui donne cette atmosphère de grandeur déchue touchante. Rien n’y est vraiment restauré, mais rien n’est tout à fait abandonné non plus. Autour de la place centrale (Talat Yen) s’articulent bâtiments d’époque aux façades ajustées ou décaties et aux volets en bois qui grincent. Ici, la beauté n’est pas dans la perfection mais dans la fatigue des choses. Et puis il y a Église Sainte-Thérèse. Posée là comme une anomalie douce. Construite dans les années 1920, elle échappe aux canons attendus des missions françaises d’Indochine. Pas de verticalité néogothique, pas de solennité néoclassique. À la place, une horizontalité tranquille, presque méditerranéenne. Ses arches en plein cintre filtrent la lumière plus qu’elles ne la laissent entrer, dessinant des ombres épaisses, presque tactiles. On pense moins à Hanoï ou Saigon qu’aux missions perdues de Californie ou du nord du Mexique.

Sans maquillage, sans nostalgie forcée. Savannakhet touche juste.

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Un luxe de l’horizontalité

Lorsque que l’on quitte la ville, l’horizon est immense. C’est une campagne de plaines infinies, rythmée par des silhouettes de palmiers rôtis par le soleil et de grands arbres solitaires. De larges étendues de latérite rouge et d’herbes blondes, presque africaines par moments. Mais dès qu’un cours d’eau apparaît, le vert des rizières devient si électrique qu’il semble presque irréel dans ce décor de savane. C’est le luxe du vide, là où l’absence de tout devient une présence absolue.

Un décor qui renferme quelques joyaux comme la bibliothèque en bois et sur pilotis de Hotay Pidok qui abrite environ 4 000 manuscrits anciens (les Bai Lan) écrits sur des feuilles de palmier, le That Ing Hang, cœur spirituel du centre du Laos, l’un des lieux de pèlerinage les plus importants du pays, juste après le That Luang de Vientiane ou le Taleo Old Temple et ses vestiges en briques anciennes, probablement d’époque pré-lanxang ou début Lan Xang. Même les bombardements américains n’ont pas réussi à effacer cette mémoire-là.

Après avoir battu la campagne, on s’échoue en fin de journée au lac Bung Va pour se rincer la bouche à la Beerlao et se détendre la papille alors que le ciel bascule dans l’ocre. Et tout rentre dans l’ordre.

Jean Hougron la disait lente, moite, engluée dans une torpeur de garnison. Il la croyait engourdie. Elle n’était qu’en incubation.

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5 réflexions sur “Tu me croyais finie ? S’exclamme Savannakhet !”

  1. Jean Yves Surdeau

    Ah excellent souvenir de cette étape lors de notre voyage au Laos début 2025. Vous avez tout à fait saisi la beauté cachée de Savannakhet et de sa campagne. Le coucher de soleil chez le voisin thaï est sublime aussi !

  2. raymond carre

    Bonjour
    Merci pour ces mots justes et tendres sur savannakhet..
    Pourrais te demander :
    – quelques photos de maison en dur construits par les français 1 seul étage..Le rez-de-chaussée c était des arcades ou se situait les commerces..ces maisons étaient collés les unes aux autres en enfilade..
    – je recherche le nom d un instituteur français qui enseignait à savannakhet dans les années 1960..c’était je crois la seule et unique école française.
    Merci pour ton aide
    Raymond

    1. Bonjour Raymond, j’ai quelques photos de ces maisons en questions. Me donner votre email pour que je puisse vous les envoyer. Concernant l’instituteur, désolé mais je ne vais pas pouvoir vous aider.

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