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Khai Dinh : l’empereur warholien

Bien avant que Warhol ne multiplie les boîtes de soupe Campbell, Khai Dinh multipliait les motifs de porcelaine éclatée et de verre pilé jusqu’à l’overdose. Il a compris avant tout le monde que la répétition n’est pas une paresse, mais une hypnose. Et ça marche ! Psychédélique avant l’heure : dragons en relief, colonnes torsadées, plafond céleste kitsch… une surcharge qui frôle l’ivresse visuelle. Je le clame haut et fort mais avec respect, Khai Dinh est le premier artiste pop du Vietnam, pratiquant le détournement et l’accumulation bien avant l’heure.

Comme Antoni Gaudi à Barcelone, Khai Dinh accouche d’un monstre de beauté. Un objet qui dévore ses racines pour imposer un langage que personne n’attendait. Deux horror vacui face à face. Dans le palais Thien Dinh comme dans les forêts de pierre de Gaudi, l’œil ne se pose jamais. Chaque centimètre est pris, saturé, colonisé. Là où Gaudi fragmente la surface avec le trencadis, Khai Dinh pulvérise la matière : porcelaine, verre, dragons, fleurs. Même ivresse. Même vertige.

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Et puis le béton.

Utiliser le béton armé, matériau vil, industriel, qui vieillit mal sous les pluies de mousson, pour le repos éternel d’un Fils du Ciel, c’est l’acte punk ultime. Mais attention, si le punk détruit l’avenir. Khai Dinh, lui, l’enterre en grande pompe.

C’est la Factory transposée dans la vallée des rois. Une free party sur le terrain vague de la Chapelle : pas Dee Nasty aux platines, mais Khai Dinh qui sample, écorche, échantillonne, fragmente. Un DJ impérial qui scratche la porcelaine, le verre, le fer forgé et le béton pour faire hurler sa modernité devant une Nico transie.

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